Structure du récit

Glossaire des termes de narratologie. Vocabulaire utile pour analyser un texte, pour discuter avec un éditeur, ou pour clarifier ses propres choix d'écriture.

Catégories générales

Récit : l'ensemble des événements racontés, tels qu'ils apparaissent dans le texte.

Histoire (ou fabula) : l'ensemble des événements dans leur ordre chronologique logique, avant leur organisation narrative.

Narration : l'acte même de raconter. Inclut la voix, le temps, la posture du narrateur.

Diégèse : l'univers fictionnel dans lequel se déroule le récit. Ce qui appartient à la diégèse est ce que les personnages peuvent percevoir ; ce qui est extradiégétique est ce que seul le lecteur sait.

Structure événementielle

Intrigue : l'enchaînement structuré des événements en vue d'un dénouement.

Situation initiale : l'état d'équilibre précédant le premier événement perturbateur.

Élément perturbateur : événement qui rompt l'équilibre initial et lance le récit.

Péripéties : série d'événements qui transforment la situation des personnages.

Climax (ou acmé) : point culminant de la tension narrative, souvent placé aux trois quarts du récit.

Dénouement : résolution des tensions, révélation de l'état final.

Épilogue : prolongement facultatif qui montre l'après-dénouement.

Prologue : segment initial séparé, qui pose un cadre, un événement antérieur ou un hors-temps.

Temps du récit

Analepse : retour en arrière dans le temps de l'histoire. Communément appelé « flashback ».

Prolepse : projection dans le futur du récit. « Flashforward ».

Ellipse : saut temporel non comblé par la narration. « Trois ans plus tard… » est une ellipse.

Sommaire : passage où la narration condense une durée longue en peu de texte.

Scène : passage où le temps du récit correspond approximativement au temps de lecture. Souvent dialogué.

Pause : suspension du temps de l'histoire pour insérer une description ou une réflexion.

Le narrateur

Narrateur : instance qui raconte. À distinguer de l'auteur.

Narrateur homodiégétique : narrateur qui est aussi un personnage de l'histoire.

Narrateur hétérodiégétique : narrateur extérieur à l'histoire racontée.

Narrateur autodiégétique : narrateur qui raconte sa propre histoire (le « je » protagoniste).

Narrateur extradiégétique : narrateur situé en dehors de tout niveau diégétique, au sommet de la hiérarchie narrative.

Narrateur intradiégétique : narrateur situé à l'intérieur d'un récit enchâssant.

Focalisation

La focalisation désigne le point depuis lequel le récit informe le lecteur. À ne pas confondre avec le narrateur, qui concerne la voix.

Focalisation zéro : narrateur omniscient, qui sait tout, voit tout, accède à toutes les consciences.

Focalisation interne : le récit est tenu depuis la conscience d'un personnage. On ne sait que ce qu'il sait.

Focalisation externe : le récit décrit les personnages de l'extérieur, comme une caméra qui enregistre les actes sans accéder aux pensées.

Un même roman peut changer de focalisation selon les chapitres ; dans ce cas, la cohérence se joue à l'échelle de la scène, pas du livre entier.

Personnages et actants

Protagoniste : personnage principal, autour duquel se joue l'arc central.

Antagoniste : personnage qui s'oppose au protagoniste. Peut être un individu, un groupe, une institution, une force abstraite.

Adjuvant : personnage qui aide le protagoniste dans sa quête.

Opposant : personnage qui entrave la progression du protagoniste, au-delà de l'antagoniste principal.

Destinateur : instance qui pousse le protagoniste à agir (un ordre, un besoin, une circonstance).

Destinataire : celui pour qui l'action est entreprise.

Ces notions viennent de la sémiotique greimassienne et restent utiles comme outils d'analyse, même si la pratique d'écriture s'en passe souvent.

Discours rapporté

Discours direct : les paroles sont rapportées telles quelles, signalées par guillemets ou tirets. « Il a dit : — Je pars demain. »

Discours indirect : les paroles sont rapportées via une subordonnée. « Il a dit qu'il partait le lendemain. »

Discours indirect libre : procédé qui mêle la voix du narrateur et celle du personnage sans marque grammaticale explicite. « Il partait demain. Comment ferait-il sans eux ? » Les pensées du personnage affleurent dans le récit sans être signalées par « il se demandait ».

Le discours indirect libre est un outil majeur du roman moderne. Il permet de rapprocher le lecteur de la conscience du personnage sans couper le flux narratif.

Modes narratifs

In medias res : commencer un récit au milieu de l'action, sans exposition préalable.

Récit cadre : récit qui contient un ou plusieurs autres récits enchâssés. Le récit cadre encadre, le récit enchâssé se déploie à l'intérieur.

Mise en abyme : répétition d'un motif à l'intérieur de lui-même, à une échelle plus petite (une scène qui reflète l'intrigue d'ensemble).

Fil rouge : motif récurrent qui traverse un récit et qui donne au lecteur une continuité implicite.

Effets narratifs

Suspense : tension produite par une information manquante que le lecteur attend. Le lecteur sait qu'un danger approche ; il attend le déclenchement.

Surprise : révélation inattendue qui transforme rétrospectivement la lecture.

Ironie dramatique : décalage entre ce que sait le lecteur et ce que savent les personnages, à l'avantage du lecteur.

Plot twist (retournement) : révélation tardive qui inverse la perception du récit. Un bon retournement respecte les indices déjà posés et n'arrive pas comme une tricherie.